EDITORIAL

Migration maritime et médecine maritime.

La mer a toujours été un concentré de toutes les activités humaines, de tous les contrastes, un lieu de travail, de conflits, de plaisirs et de drames. La Méditerranée, plus que toute autre et malgré, ou à cause de sa taille restreinte, va rassembler tous ces paradoxes. Avec l’arrivée de l’été, elle va concentrer une activité de loisirs, de plaisir, d’activité sportive, de croisières populaires ou de luxes, et elle va continuer à être le lieu de drames, de conflits, de trafics et de naufrages de migrants. Toutes ces activités vont se côtoyer et parfois se rencontrer.

Depuis le début des années 2000, bien que le problème soit antérieur, il y aurait eu près de 40.000 morts parmi les migrants en Méditerranée, 2000 à 3000 morts par an, parfois plus, deux à trois Titanic par an. En 2018, malgré une baisse significative du nombre de migrants, l’année a été une des plus meurtrières de ces dernières années. Outre les morts, les problèmes médicaux et sanitaires sont considérables. La médecine maritime s’intéresse à tous les problèmes médicaux survenant en mer, du marin au plaisancier, et ne peut ignorer le drame des migrants qui représente une des plus grandes catastrophes maritimes de tous les temps. En tant que soignants, médecins, infirmiers, infirmières, en tant que navigateurs (et médecins navigateurs) on peut être confronté, volontairement ou pas, à cette réalité.

Bien sur le problème est complexe, les dimensions politiques, éthiques, culturelles, feront que la compréhension globale du problème des migrations de masse de populations va différer en fonction des convictions de chacun. L’analyse des causes, des conséquences, des solutions proposées ou imposées ne sont pas consensuelles et sont, et resterons, controversées. Mais nous ne pouvons que nous sentir concernés par l’étape maritime. Certains iront jusqu’à s’impliquer directement, d’autres non, mais il est important que ce problème ne soit pas ignoré. Il fait partie du champ de nos réflexions, rien de ce qui concerne la santé en mer ne nous est étranger.  

 Pr Jean-Pierre AUFFRAY

Président